Le bal des ogresses

Commissariat de Sonia Recasens.

Avec Khadija El Abyad, Rim Battal, Amina Benbouchta, Imane Elkabli, Lucile Gautier, Nadira Husain, Saodat Ismailova, Kubra Khademi, Rim Mejdi, Lalla Rami, Lynn SK, Silina Syan, Nil Yalter.

Commissariat : Sonia Recasens
| Producteur : ICI
26 septembre – 7 février 2027
– vernissage le 25 septembre

Ogresse, déesse, marocaine, cananéenne, djinn, marabout, séduisante, monstrueuse, féminine, animale… Aïcha Kandisha est tout cela à la fois, et plus encore.

Figure mythique et fascinante du folklore d’Afrique du Nord, Aïcha Kandisha cultive l’ambiguïté. La légende dit qu’elle serait une comtesse ayant combattu, au XVIᵉ siècle, les envahisseurs portugais, qui, en représailles, auraient tué sa famille, la précipitant dans la folie. Depuis, elle errerait dans les forêts, près des cours d’eau, séduisant les hommes avant de les manger.

Mais la légende dit aussi qu’elle serait liée à la déesse de la fertilité Astarté, connue dans tout le Proche-Orient de l’âge du Bronze à l’Antiquité. La légende dit qu’elle serait une ogresse à la sexualité insatiable. La légende dit qu’elle serait une djinn capable de posséder quelqu’un au point de lui faire du mal.

La légende dit encore qu’elle serait une djinn marabout invoquée dans les hadra pour aider aux exorcismes. La légende dit qu’elle serait d’une beauté exceptionnelle mais qu’en y regardant de plus près, on verrait ses pieds de chèvre dépasser de son caftan.

Véritable croque-mitaine, cristallisant les imaginaires autour de la nuit, de la féminité et de la sexualité, le nom d’Aïcha Kandisha suffit à provoquer, chez les petits comme chez les grands, maintes peurs et fantasmes…

Mais son mythe dépasse les frontières du Maroc et résonne à travers la Méditerranée. Elle dialogue avec Empousa, dévoreuse d’hommes et protectrice d’Hécate ; Lilith, créature de la nuit mésopotamienne ; les sirènes antiques, mi-femmes mi-oiseaux ou mi-poissons, qui envoûtent les marins ; Mélusine, la femme-serpent des légendes européennes ; et la Goule levantine, ogresse des cimetières et des esprits errants.

Ainsi, d’un rivage à l’autre, Aïcha incarne une mémoire commune et mouvante, où se mêlent les croyances, les peurs et les désirs des peuples de tout le pourtour méditerranéen.

Institut des Cultures d’Islam
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Silina Syan, photo par Arthur Pequin, Confort Moderne